À l’origine du projet, un constat : les enseignements traditionnels permettent aux étudiants d’acquérir des connaissances solides en matière de déploiement normatif, de réglementation, de métrologie ou encore de traitement statistique des données. Mais ils les entraînent encore insuffisamment à mobiliser ces acquis dans des situations proches du réel, où il faut analyser rapidement des informations, hiérarchiser les risques, défendre une position, prendre une décision malgré la pression et communiquer efficacement.
Ce constat a coïncidé avec l’opportunité de réunir trois porteurs de projet aux profils différents et complémentaires : Florent Arnal, enseignant à l’IUT de Bordeaux, Luc Vellutini, enseignant-chercheur à l’UF de chimie, et Philippe Chirold, PAST de l’UF de chimie, accréditeur qualité et intervenant professionnel. Ce dernier a notamment apporté un corpus de cas concrets, renforçant ainsi la dimension immersive et réaliste du dispositif.
Des mini-crises en situation pour apprendre autrement
Le concept des « Serial Battles en QSE » repose sur une approche de gamification : les étudiants sont placés dans des « battles » successives, construites autour de mini-crises QSE contextualisées au sein d’une entreprise fictive. Chaque situation les invite à analyser un problème, exploiter des données, adopter un rôle professionnel défini et défendre une position imposée, parfois divergente de leur propre opinion. L’objectif : amener les étudiants à dépasser la simple restitution de connaissances pour les placer dans une dynamique d’analyse, de décision et d’argumentation.
Une première année d’expérimentation
Mis en œuvre en 2025-2026, le projet s’est déployé sur une année. Le premier semestre a permis de poser les bases théoriques et d’étudier le contexte. Le second semestre a introduit une approche plus poussée, à la fois quantitative et qualitative, mobilisant de nombreuses données ainsi que des paramètres physiques, techniques et réglementaires très concrets.
Dans cette deuxième phase, l’utilisation de l’IA a constitué un appui important, notamment pour le traitement des données. Elle a aussi ouvert une réflexion sur la place de cet outil dans les travaux réalisés par les étudiants, majoritairement en autonomie, et sur la manière de l’évaluer. Le format battle exige toutefois une appropriation très forte du sujet : même lorsqu’un travail est co-construit avec l’IA, les étudiants doivent être capables de défendre seuls leur analyse lors de la partie live de l’exercice.
Afin de les accompagner progressivement, les enseignants ont proposé des répétitions avant les battles. L’objectif était de ne pas les confronter trop brutalement à un format très contraint, intense et chronométré.
La première phase d’expérimentation, menée en 2026, a ainsi constitué une étape d’initiation. Les étudiants ont participé à des micro-battles — deux minutes pour chacune des équipes qui s’opposent — sous forme de duels d’opinions sur des situations QSE simples, avec un temps de préparation guidé. Il s’agissait de leur permettre de découvrir progressivement le format, de comprendre les différentes postures professionnelles — collaborateur, responsable sécurité, direction, équipe terrain — et de structurer un argumentaire clair.
Cette première année a également permis de tester les scénarios, les supports d’accompagnement, les jeux de données et la grille d’évaluation critériée.
Des compétences techniques, mais aussi transversales
L’enjeu pédagogique est double. Il s’agit d’abord de renforcer l’appropriation active des référentiels métier, en montrant comment ils peuvent devenir des aides concrètes à la décision. Il s’agit ensuite de développer des compétences transversales essentielles en situation de pression opérationnelle : argumentation, communication orale, gestion du stress, priorisation, esprit critique, travail en équipe, leadership et capacité à réagir face aux contre-arguments.
La valeur ajoutée du projet tient précisément à ce changement de posture. Les étudiants ne sont plus seulement en situation de traitement ou d’interprétation de données : ils doivent donner du sens à ces données, les mettre en perspective avec des enjeux socio-économiques, environnementaux et humains, puis les utiliser pour construire une décision argumentée. L’apprentissage devient ainsi plus incarné, plus collaboratif et plus proche des réalités professionnelles du secteur QSE.
Un dispositif appelé à monter en puissance
Avec des enseignants ravis de voir leurs objectifs dépassés, des étudiants enthousiastes et très engagés, et un dispositif déjà en cours d’amélioration — notamment sur le volet de l’évaluation — les « Serial Battles » ont vocation à monter progressivement en complexité.
En 2027, le dispositif évoluera vers des battles scénarisées en équipes, avec des rôles assignés et des jeux de données plus réalistes. En 2028, il prendra la forme de simulations de crise immersives de haut niveau, intégrant des informations évolutives en temps réel et l’intervention d’un jury mixte composé d’enseignants, d’experts et de pairs.
À terme, le projet pourrait également donner lieu à la diffusion d’analyses détaillées et de retours d’expérience, afin de faire connaître cette démarche pédagogique et d’en favoriser l’essaimage dans d’autres cursus ou disciplines.
J’ai vraiment beaucoup apprécié l’enseignement et la manière de nous transmettre les informations. L’approche pédagogique a rendu les cours vivants et nous a amenés à réfléchir plutôt qu’à simplement apprendre des notions. Et cela nous a également permis de sortir de notre zone de confort.
Ce sont les cours que j’ai le plus appréciés depuis le début de mon parcours universitaire et je n’avais jamais autant participé à un cours de tout mon parcours scolaire ! Je tiens à remercier les enseignants pour leur investissement et leur disponibilité.
Ce format oblige les étudiants à aller au-delà de la simple analyse de données. Ils doivent préparer leurs jeux de données, les étudier en profondeur, puis accepter de les interpréter depuis un angle qui n’est pas forcément le leur. C’est un exercice très formateur : il faut penser “contre soi”, anticiper les contradictions, construire des arguments et des contre-arguments, tout en intégrant des dimensions opérationnelles, financières ou réglementaires.
Pendant les battles, certaines discussions rappelaient de vraies situations professionnelles, comme la présentation d’un dossier en CODIR ou un échange avec une autorité de contrôle. On peut maîtriser son sujet, être déstabilisé par une objection, perdre le fil malgré les éléments disponibles, ou au contraire emporter la décision. Ce dispositif prépare précisément à cela : savoir ce qui pèse dans une décision, choisir les bons indicateurs, défendre un plan cohérent et gérer la pression du moment.
Le programme STEP
STEP -pour Soutien à la transformation et à l’expérimentation pédagogique- est destiné à accompagner les équipes pédagogiques pour la mise en œuvre de projets favorisant :
- l’interdisciplinarité, l’évolution des pratiques pédagogiques et l’alignement pédagogique ;
- l'appropriation des enjeux de transition (écologique, numérique, sociale…) au sein des formations.