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Viticulture : miser sur les formateurs pour préparer la filière de demain

Lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt « Compétences et métiers d’avenir » (AMI-CMA) de France 2030, le programme NAVI (Nouvelle-Aquitaine Viticulture) a pour objectif de renforcer l’attractivité des métiers de la vigne et du vin et d’accompagner les profondes mutations de la filière. Au sein de ce consortium régional de 36 partenaires, l’université de Bordeaux, à travers l’Institut des sciences de la vigne et du vin (ISVV), pilote le volet consacré à la formation des formateurs. Laurence Gény-Denis, professeure de biochimie et physiologie à l’ISVV et porteuse du projet au sein de l’université, revient sur les enjeux et les ambitions de cette démarche.

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Quel est le point de départ du programme NAVI ?

Laurence Gény-Denis : NAVI est né d’un constat partagé par les acteurs de la filière vigne et vin : nous faisons face à un déficit d’attractivité des métiers et des formations, dans un contexte où la filière connaît des transformations profondes. Les habitudes de consommation évoluent, les enjeux environnementaux s’intensifient, le changement climatique impose de nouvelles adaptations et les attentes sociétales se renforcent. La question qui se pose est donc simple : comment préparer les professionnels de demain à répondre à ces défis ? Et, en amont, comment accompagner celles et ceux qui les forment ?

Quel rôle joue l’université de Bordeaux dans ce projet ?

L. G.-D. : Le programme NAVI repose sur plusieurs axes de travail complémentaires. L’université de Bordeaux, à travers l’Institut des sciences de la vigne et du vin (ISVV), pilote le volet consacré à la formation des formateurs et au transfert des connaissances scientifiques. Notre mission consiste à identifier les compétences dont les formateurs auront besoin dans les années à venir, puis à concevoir des dispositifs de formation continue capables de leur transmettre les connaissances les plus récentes issues de la recherche. C’est un rôle qui correspond pleinement à la vocation d’une université : faire le lien entre production de connaissances, formation et besoins socio-économiques.

Pourquoi avoir choisi de former les formateurs plutôt que directement les étudiants ou les professionnels ?

L. G.-D. : Parce que les formateurs sont la clé de la transformation du système. Si l’on veut que les futurs diplômés disposent des compétences attendues par les employeurs et que les formations restent attractives pour les jeunes, il faut d’abord que les enseignants et les formateurs aient accès aux connaissances les plus récentes et aux méthodes pédagogiques les plus adaptées. Un enseignant ou un formateur n’a pas toujours le temps de suivre l’ensemble des avancées scientifiques dans son domaine. Notre objectif est précisément de faciliter ce transfert de connaissances et d’accompagner leur appropriation.

Quels sont les grands sujets qui émergent aujourd’hui dans la recherche sur la vigne et le vin ?

L. G.-D. : Ils sont nombreux. Nous travaillons notamment sur l’adaptation au changement climatique, la réduction des intrants, le dépérissement de la vigne, les nouvelles variétés de raisin, mais aussi sur les évolutions économiques du secteur et les transformations des marchés. L’ISVV est un institut partenarial qui rassemble des compétences très diverses : viticulture, œnologie, biologie, économie, histoire ou encore sciences sociales. Cette richesse disciplinaire nous permet d’aborder les enjeux de la filière dans toute leur complexité.

Concrètement, comment le programme va-t-il se déployer ?

L. G.-D. : La première étape sera une vaste phase de concertation avec l’ensemble des acteurs concernés : professionnels de la filière, enseignants, formateurs, étudiants, organisations professionnelles et institutions. Nous allons leur demander quelles compétences seront nécessaires dans cinq ou dix ans, quels sont les besoins émergents et quelles évolutions pédagogiques paraissent les plus pertinentes.
À partir de cette analyse, nous construirons une offre de micro-certifications et de formations courtes destinées aux formateurs. Ces formations seront ensuite testées, évaluées puis intégrées durablement dans l’offre de formation continue de l’université de Bordeaux.

Vous insistez également sur les évolutions pédagogiques. Pourquoi est-ce un enjeu majeur ?

L. G.-D. : Parce que les connaissances seules ne suffisent pas. Il faut aussi réfléchir à la manière dont elles sont transmises. Les profils des apprenants évoluent, tout comme leurs habitudes d’apprentissage. Les outils numériques, les environnements immersifs ou les simulateurs ouvrent aujourd’hui de nouvelles possibilités pédagogiques. L’enjeu n’est pas de remplacer l’expérience de terrain, qui reste indispensable, mais de compléter les approches traditionnelles afin d’améliorer l’apprentissage et de s’adapter aux contraintes actuelles.

Pouvez-vous donner un exemple ?

L. G.-D. : La taille de la vigne est un bon exemple. Il y a quelques décennies, l’apprentissage reposait principalement sur des schémas dessinés au tableau puis sur des exercices réalisés directement dans les parcelles. Aujourd’hui, nous utilisons également des ressources numériques, des vidéos et des simulateurs immersifs permettant aux étudiants de s’entraîner dans des environnements virtuels avant de passer à la pratique. Ces outils offrent de nouvelles possibilités d’apprentissage et permettent de répondre à des contraintes organisationnelles ou réglementaires qui se sont renforcées au fil du temps.

Les formations qui seront créées resteront-elles limitées au champ strict de la viticulture ?

L. G.-D. : Non. Les besoins identifiés pourront nous conduire à mobiliser des expertises très variées au sein de l’université. Selon les thématiques, nous pourrons faire appel à des collègues spécialistes du droit, de l’économie, des sciences de l’éducation, du numérique ou de l’intelligence artificielle. Le but est d’apporter des réponses adaptées aux besoins de la filière, quelles que soient les disciplines concernées.

Dans un contexte de crise du secteur viticole, certains pourraient s’interroger sur la pertinence de tels investissements. Que leur répondez-vous ?

L. G.-D. : Les crises ont toujours existé dans l’histoire de la viticulture. Ce qui compte aujourd’hui, c’est notre capacité à nous renouveler. La filière ne ressemble plus à ce qu’elle était il y a vingt ans, mais elle dispose d’atouts considérables pour se transformer. Les enjeux sont clairement identifiés : changement climatique, transitions environnementales, robotisation, numérique, intelligence artificielle ou encore évolution des marchés. La recherche a précisément pour rôle d’apporter des réponses à ces défis. Avec NAVI, nous voulons faire en sorte que ces connaissances atteignent rapidement les formateurs puis les futurs professionnels.

Au-delà du territoire régional, ce projet participe-t-il aussi au rayonnement de l’université de Bordeaux ?

L. G.-D. : Absolument. Nous avons bien sûr une responsabilité vis-à-vis de notre territoire et de sa filière économique, mais nous participons également à un écosystème scientifique et professionnel qui dépasse largement les frontières régionales.
La viticulture est une activité mondiale et Bordeaux demeure une référence internationale dans ce domaine. En contribuant à faire évoluer les compétences et les pratiques de formation, nous renforçons à la fois l’attractivité de la filière, le rayonnement de l’université et la diffusion des connaissances produites par la recherche. C’est précisément cette articulation entre recherche, formation et impact sociétal qui donne tout son sens à notre engagement dans le programme NAVI.