L’ouverture des cursus, celle des formations à l’interdisciplinarité et la réponse aux enjeux environnementaux et sociétaux font partie des axes de transformation et des principes adoptés par le cadrage de l’amélioration continue de l’offre de formation. La mise en œuvre de projets pédagogiques transverses est l’une des réponses apportées par les composantes de l’université. Au collège sciences de l’Homme, le développement successif des projets SHS pour tous, PFA puis FAME leur a permis de progresser sur le sujet et d’éclairer leur vision des enjeux associés.
Quelle est l’ambition de l’université de Bordeaux en matière de soutien aux projets transverses ?
Pascal Lecroart : à l’échelle de l’établissement, nous souhaitons monter en compétences pour faciliter les collaborations transversales et accompagner au mieux les futurs projets. C’est un des axes de transformation de l’offre de formation de l’établissement. Au-delà du cadrage, c’est une compétence qui nous sera utile pour intégrer efficacement les enjeux des transitions environnementales et sociétales dans nos formations. Nous travaillons actuellement sur le sujet et sommes convaincus que certains enseignements seront transverses et pluridisciplinaires. Dès lors que nous souhaitons proposer un contenu commun, nous devons nous questionner sur la manière de le construire, de le faire vivre et identifier le rôle de chacun.
Virginie Postal-Le Dorse : en tant que direction de SNI, notre rôle est d’identifier les problématiques et les difficultés auxquelles nous avons pu être confrontées dans le montage et la gestion de projets transverses. L’enjeu, pour l’université, est d’apporter une solution qui soit adaptée aux problématiques réelles du terrain. Aujourd'hui, ces projets concernent une part encore modeste de notre offre de formation mais l’institution doit pouvoir faciliter leur mise en œuvre si elle souhaite les développer.
Quels sont les questionnements soulevés par la mise en place de projets transverses ?
Pascal Lecroart : l’une des principales sources de difficultés dans la mise en œuvre de ces projets réside dans la multiplicité des acteurs impliqués. Plus ils sont nombreux, plus il est délicat d’identifier la composante qui soutient humainement et financièrement le projet.
Virginie Postal-Le Dorse : ces nouveaux objets questionnent tout un tas de sujets politiques et opérationnels. Il faut réussir à coordonner des secrétariats pédagogiques, des emplois du temps ou encore des modalités de contrôle des connaissances entre plusieurs composantes qui ont toutes des contraintes différentes en termes de gestion de la scolarité, d’outils et de culture. Par exemple, avec SHS pour tous, nous sommes souvent sollicités pour intégrer l’unité d’enseignement dans les parcours des autres SNI. Nous le faisons généralement mais, même si ce sont des UE à distance, des questions se posent toujours : qui va inscrire les étudiants, les diplômer, s’occuper des examens, voter les M3C ? Le sujet de la réciprocité me semble aussi essentiel.
Pascal Lecroart : jusqu’à maintenant, nous gérions ces projets de manière très artisanale en comptant sur la bonne volonté de quelques acteurs. Mais, d’un point de vue humain, nous sommes sous-dimensionné. Les équipes motivées sont freinées par le manque d’outils informatiques adaptés. En professionnalisant nos pratiques, nous devrions pouvoir établir un cahier des charges partagé et formuler une demande cohérente auprès de la DSI.
Virginie Postal-Le Dorse : le développement des projets transverses et des parcours individualisés des étudiants demande également un accompagnement pédagogique plus resserré de la part des équipes, un suivi de proximité et une aide à l’orientation des étudiants, ce qui alourdit considérablement le rôle des directeurs d’études.
Avez-vous d’ores et déjà identifié des éléments de réponse aux problématiques rencontrées ?
Pascal Lecroart : l’absence de règles est anxiogène, il est donc primordial de rassurer les équipes en posant les principes partagés d’un cadre commun. C’est pourquoi je souhaite mettre en place une coordination dédiée aux dispositifs transverses de formation d’ici 2024. Je ne sais pas encore précisément quelle forme elle prendra mais je serai particulièrement attentif à ce qu’elle n’ajoute pas une « couche de complexité supplémentaire ». Par ailleurs, elle sera très certainement complétée par une cellule plus opérationnelle qui travaillera étroitement avec les SNI .
Virginie Postal-Le Dorse : si nous souhaitons favoriser l’ouverture de nos formations, nous ne pouvons pas démultiplier les situations particulières. L’idée est de mettre en place une coordination facilitatrice qui viendra s’appuyer sur des principes partagés et bien définis. La question est désormais de savoir en quoi est-ce que cette coordination peut rendre service, comment elle peut faciliter et simplifier la vie des équipes, quel est son rôle, comment est-ce qu’elle peut interagir avec les instances existantes…
Pascal Lecroart : enfin, la question des moyens est étudiée de près. Je pense que nous avons sous-estimé l’impact de la transversalité sur les missions des personnels enseignants et administratifs. Nous pouvons nous saisir des opportunités offertes notamment par les grands programmes ou réfléchir à comment mobiliser l’indemnité fonctionnelle du RIPEC ou autres pour valoriser les missions des enseignants et enseignants-chercheurs, reconnaitre leur engagement.