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Faire évoluer sa formation à l’international : deux expériences à partager

La dimension internationale est au cœur du projet d’établissement de l’université de Bordeaux. Parmi les dispositifs destinés à la communauté universitaire pour accompagner cette ambition, le programme Bordeaux University Learning and Teaching development (BUILD), financé par l’IDEX, propose un soutien financier d’amorçage aux projets d’internationalisation. Son volet Soutien à l’Internationalisation des Formations (SIF) accompagne plus spécifiquement les projets aux niveaux licence et master, avec un large éventail d’actions éligibles.

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Les types de projets cibles du Soutien à l'internationalisation des formations :

  • Transformation de l'enseignement en langue étrangère ;
  • Développement et mise en place d’une collaboration bilatérale ;
  • Développement et/ou coordination d’un partenariat européen ou international ;
  • Développement d’un programme court.

Manuel Gaudon, enseignant-chercheur à l’ICMCB et référent international de l’UF de Chimie, et Johannes Schaaper, maître de conférences et responsable pédagogique du Master 2 Management et Commerce International à l’IAE Bordeaux, partagent leur expérience en tant qu’anciens bénéficiaires du SIF. Deux projets avec un même objectif : renforcer l’ouverture internationale des formations.

En quoi consiste votre projet ?

Manuel Gaudon. Notre projet avait pour objectif d’achever l’internationalisation de la licence mention Chimie, notamment de la L3.
La démarche avait déjà été menée pour les L1 et L2. La question de l’internationalisation de la L3 ne s’était jusqu’alors pas posée de manière prioritaire, nos étudiants étant généralement en mobilité sortante, notamment ceux inscrits dans le parcours international. Toutefois, nous avons constaté que les étudiants en mobilité entrante étaient majoritairement inscrits en L3 et, pour une grande partie d’entre eux, anglophones. Or, nous ne disposions pas de modules en anglais permettant de leur proposer une offre pédagogique adaptée.
Nous avons donc souhaité reproduire le schéma déjà mis en place en L2 : maintenir les enseignements en français tout en assurant la traduction en anglais de l’ensemble des supports pédagogiques -cours magistraux, fascicules d’exercices, annales, fascicules de travaux pratiques et autres ressources numériques- et en proposant parallèlement un groupe de TD et un groupe de TP de 30 étudiants dispensés en anglais.

Afin de permettre aux collègues de consacrer le temps nécessaire à la traduction et à l’adaptation des supports, ainsi qu’à la mise en place des enseignements en anglais, nous avons sollicité des heures de REH pour rémunérer le travail réalisé. Le SIF est bien adapté à ce besoin.

Johannes Schaaper.  Ancien boursier de l’Ambassade de France et bénéficiaire d’une bourse Erasmus, j’ai une longue expérience dans le montage de formations internationales, en France (IAE de Poitiers) comme à l’étranger (Chine, Liban, Arabie Saoudite, Côte d’Ivoire).

Après mon arrivée à l’IAE Bordeaux en 2018, j’ai souhaité créer un Master international destiné aux étudiants français. En 2022, avec le soutien de notre équipe, cette démarche a abouti à la création du Master Management et Commerce international.
Le parcours reprend les principaux atouts des formations des grandes écoles de commerce
-enseignement en anglais, mobilité internationale obligatoire, possibilité de césure ou de stage à l’étranger et, récemment, doubles diplômes avec nos partenaires en Italie et en Slovaquie- mais Ies frais de scolarité sont plus accessibles. La formation connaît un vif succès, avec un taux d’acceptation de seulement 5 % en 2025.

C’est dans ce contexte que nous avons sollicité le soutien du SIF pour élargir notre consortium de partenaires et préparer une candidature au Master conjoint Erasmus Mundus. Les bourses Erasmus Mundus nous permettraient d’attirer des étudiants de haut niveau du monde entier.  La dotation SIF rend possible la soumission directe, sans passer par l’étape de Design Measures, octroyé par l’Europe.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Manuel Gaudon. Notre objectif a été atteint : cinq modules ont été traduits et un groupe de TD en anglais a pu être ouvert. L’année dernière, puis cette année, nous avons réussi à constituer un groupe grâce notamment au soutien de Denis Deffieux, directeur de l'UF de Chimie, qui contribue à promouvoir cette offre auprès des étudiants français. En effet, si nous sommes désormais en mesure d’accueillir des étudiants anglophones, leur nombre reste insuffisant pour constituer à lui seul un groupe. Il est donc nécessaire de mobiliser également les étudiants français intéressés pour suivre des enseignements en anglais, ce qui implique un travail de promotion et de sensibilisation à renouveler chaque année.

Disposer d’un catalogue de formations suffisamment étoffé en anglais constitue un véritable atout pour développer des partenariats internationaux de qualité. Plus largement, les disciplines de sciences et technologies ont engagé depuis plusieurs années une réflexion autour de l’internationalisation, notamment avec la création des parcours internationaux. L’UF de Chimie propose également plusieurs Masters enseignés en anglais, tels qu’AMIR, Polymer Sciences, ECT+, etc. Cette offre constitue aussi un argument intéressant pour les étudiants de L3 qui commencent à réfléchir à leur poursuite d’études en Master.

Johannes Schaaper. Le financement accordé nous a permis de rencontrer nos partenaires et de les accueillir à Bordeaux. Il a également contribué au financement d’un consultant chargé de relire le dossier de candidature à un Erasmus Mundus.
Le soutien de l’équipe Montage du service Projets européens et internationaux de la DRI nous a aussi été précieux. L’université de Bordeaux dispose d’une réelle expertise dans ce domaine. Ses Masters Erasmus Mundus les plus anciens ont fêté leurs 20 et 15 ans cette année.

Nous avons déposé notre candidature en février 2026, mais notre proposition n’a pas été retenue. La concurrence est forte. Nous renouvellerons l’exercice l’année prochaine en nous appuyant sur cette première expérience.

Un conseil à donner à vos collègues qui souhaitent s’engager sur la voie de l’internationalisation ?

Manuel Gaudon. Avant tout, il convient de bien identifier les objectifs afin de s’assurer que la démarche répond à un besoin réel. À cet égard, proposer un enseignement en anglais à des étudiants français par des enseignants francophones ne présente pas, en soi, un intérêt évident.
Il serait sans doute plus pertinent de s’appuyer sur des dispositifs qui ont déjà fait leurs preuves s'il ne s'accompagne pas d'un projet d'internationalisation adapté. Il serait sans doute plus pertinent de s’appuyer sur des dispositifs qui ont déjà fait leurs preuves, comme les parcours internationaux.

En effet, ces parcours, qui proposent un nombre de places limité, rencontrent un franc succès auprès des étudiants. Ils sont très sélectifs et attirent des étudiants disposant d’un bon niveau. On pourrait envisager d’augmenter le nombre de places proposées, mais cette possibilité reste aujourd’hui contrainte par les capacités d’accueil des universités partenaires qui reçoivent nos étudiants en mobilité. Il y a donc un véritable travail à mener sur ce point afin d’identifier les marges de développement possibles.

Johannes Schaaper. Mon conseil est d'oser renforcer la dimension internationale des formations et de se lancer, tout en faisant preuve d’écoute et de persévérance avec les partenaires. Constituer une équipe internationale, réunissant des profils issus des milieux différents, est un véritable atout.
Il est également essentiel d’entretenir une relation de confiance avec les partenaires. L’équilibre entre les mobilités sortantes et entrantes reste souvent fragile : nous envoyons parfois trois à quatre fois plus d’étudiants que nous n’en accueillons. C’est donc un point de vigilance incontournable.