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Transitions : le temps de l'intégration disciplinaire

Après un premier module commun à tous les étudiants, l'université de Bordeaux s’est lancée dans une nouvelle étape : intégrer les enjeux des transitions environnementales et sociétales au cœur de chaque discipline. Un chantier ambitieux, qui mobilise les équipes pédagogiques et conduit à repenser les maquettes de formation.

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Former tous les étudiantes et étudiants aux enjeux des transitions environnementales et sociétales est désormais une réalité à l'université de Bordeaux. En deux ans, un premier module interdisciplinaire obligatoire a été progressivement déployé dans les formations de premier cycle. Mais le plus gros du chantier commence peut-être aujourd’hui.

Car une deuxième unité d'enseignement (UE2), cette fois disciplinaire, est en cours de construction dans l'ensemble des composantes. Son ambition est différente : après la sensibilisation de toute la communauté étudiante à un socle commun de connaissances, montrer comment les transitions interrogent les savoirs, les pratiques professionnelles et les métiers propres à chaque champ disciplinaire.

Une évolution qui touche toutes les formations

Sciences, droit, économie, santé, sciences humaines, IUT, ISVV… Toutes les composantes sont engagées dans cette réflexion. Partout, la même question se pose : comment faire des transitions un objet d'enseignement pleinement disciplinaire ? La réponse n'est évidemment pas la même selon les formations. 
En médecine, l'accent est mis sur les liens entre santé humaine et environnement, sur les impacts environnementaux des activités de soins ou encore sur le rôle des professionnels de santé comme acteurs des transitions.
En droit, les enseignants explorent les transformations contemporaines à travers les notions de justice environnementale, de démocratie, de régulation ou encore de protection du vivant.
Dans les sciences humaines, les nouvelles UE interrogent les transitions sous l'angle de l'anthropocène, des changements sociaux, de l'éducation ou de la psychologie des crises écologiques.
Dans les formations scientifiques et technologiques, il s'agit davantage de mobiliser les outils propres aux disciplines : diagnostic, mesure, modélisation, analyse critique, approche systémique ou encore prospective.
Une diversité qui illustre un principe fort du projet : il ne s'agit pas d'appliquer un modèle unique, mais de permettre à chaque discipline de construire sa propre manière d'aborder les transitions.

Le véritable défi : faire évoluer les maquettes

Si, sur le papier, y consacrer l’équivalent de 3 ECTS peut paraître simple à un observateur extérieur, dans la réalité, les équipes pédagogiques savent qu'il s'agit probablement de l'exercice le plus délicat de l'actuelle accréditation. Les maquettes de licence sont déjà extrêmement denses. Ajouter un nouvel enseignement suppose presque toujours d'en déplacer un autre, de redistribuer des volumes horaires, de modifier des évaluations, parfois même de revoir l'équilibre général d'un semestre.

La plupart des composantes ne créent donc pas une UE entièrement nouvelle. Elles s'appuient sur des enseignements existants, qu'elles adaptent, enrichissent ou recomposent afin d'y intégrer les compétences attendues. D'autres répartissent ces compétences entre plusieurs UE, tout en cherchant à rendre leur acquisition plus visible pour les étudiantes et étudiants, notamment grâce au supplément au diplôme. Ce travail de « haute couture » pédagogique est sans doute l'un des aspects les moins visibles du projet… et pourtant l'un des plus exigeants.

Adapter plutôt qu’ajouter

Les exemples présentés lors d'un séminaire le 1er juillet montrent bien cette logique. À l'Institut des sciences de la vigne et du vin, une UE déjà existante est progressivement remodelée pour passer de 2 à 3 ECTS. Ce changement implique de rééquilibrer d'autres unités d'enseignement, de déplacer un projet tutoré et d'intégrer progressivement les compétences attendues dans les contenus et les évaluations. Les responsables parlent d'une démarche en quatre étapes, étalée sur plusieurs années, afin de préserver la cohérence de la formation.

Au collège Sciences et Technologies, plusieurs mentions disposent déjà d'enseignements en lien avec les transitions. L'enjeu consiste désormais à identifier ce qui existe, à le faire évoluer lorsque c'est nécessaire et à rendre plus lisibles les compétences effectivement acquises par les étudiantes et étudiants. Autrement dit, le travail porte autant sur la pédagogie que sur l'architecture des formations.

Répondre aux transformations des métiers

Cette évolution ne répond pas uniquement aux orientations nationales. Les enquêtes conduites auprès de professionnels (lien vers le Moodle) montrent que les attentes évoluent rapidement dans la quasi-totalité des secteurs d'activité. Les employeurs recherchent des diplômés capables de comprendre les enjeux climatiques et environnementaux, d'évaluer les impacts de leurs décisions, de travailler en interdisciplinarité et d'accompagner les transformations des organisations.

Le projet « Compétences durables », porté par l'Institut des transitions pour explorer les transformations des secteurs d’activité en lien avec les enjeux des transitions, confirme cette tendance : les métiers "verdissants" concernent désormais tous les domaines, de la santé au droit, de l'industrie à la communication. 

Une dynamique collective

Lors du séminaire, le 1er juillet dernier, une idée s'est imposée au fil des présentations : ce projet dépasse largement la création de nouveaux modules. Il conduit les équipes pédagogiques à partager leurs expériences, à mutualiser des ressources, à interroger les évolutions de leurs disciplines et à réfléchir collectivement aux compétences que devront maîtriser les diplômés dans les années à venir.

Le premier module a permis de construire un langage commun autour des transitions. Le deuxième ouvre une nouvelle étape : celle de leur inscription durable dans les disciplines elles-mêmes. Une évolution discrète pour les étudiantes et étudiants, mais qui représente un travail considérable pour les équipes pédagogiques et constitue sans doute l'une des transformations les plus importantes des formations de l'université de Bordeaux depuis plusieurs années.