Les pharmaciens ont un rôle essentiel à jouer pour répondre aux enjeux liés au changement climatique, à la pollution environnementale, à l’utilisation durable des médicaments, à la santé publique et aux inégalités sociales. Ce nouveau partenariat (lauréat de l’appel ENLIGHT+) porte un regard pluridisciplinaire sur ces transformations, partant du constat que les efforts pour faire évoluer l’offre de formation en pharmacie sont souvent fragmentés et insuffisamment coordonnés. Le projet PHUSE vise ainsi à créer une structure favorisant le dialogue, l’apprentissage mutuel et la co-construction, pour tirer parti des expériences existantes et mener une réflexion collective sur les compétences requises pour le pharmacien de demain.
Dans ce contexte, Maria-Laura Silva et Clémentine Aubry ont accueilli en juin dernier leurs collaborateurs européens à Bordeaux pour réfléchir à l'évolution des formations en pharmacie dans leurs universités respectives, et identifier ensemble les adaptations nécessaires. Tout au long des échanges, les participants ont analysé les compétences, les savoirs, les savoir-faire et les savoir-être nécessaires pour répondre aux enjeux des transitions dans cette discipline, de même que les enseignements et les pratiques pédagogiques, afin de déterminer ceux à modifier ou à créer. Cette visite était aussi l’occasion de montrer aux partenaires la nouvelle pharmacie expérimentale, inaugurée en septembre 2025.
De nombreux changements souhaitables ont été identifiés lors de nos échanges, chacun associé à des compétences concrètes.
Parmi les axes de travail prioritaires, le concept de « Social Pharmacy », inspiré par des réglementations européennes récentes, a suscité l’intérêt des intervenants des différentes universités. Il offre l’opportunité d’aborder avec les étudiants les déterminants sociaux de la santé et l’exposome (l’ensemble des facteurs non génétiques auxquels un individu est soumis depuis sa conception jusqu’à sa fin de vie), des éléments qui influencent de manière spécifique la santé des patients. Les discussions ont notamment mis en lumière des enjeux cruciaux, tels que la notion de groupe, le langage et les risques d’exclusion liés aux difficultés de compréhension, des thématiques particulièrement portées par les universités de Galway et du Pays basque espagnol.
Par ailleurs, les compétences liées au concept « One Health » ont également été approfondies, enrichies par l’expertise du Pays basque espagnol, qui propose déjà un master axé sur cette problématique. Face aux enjeux environnementaux et sociétaux actuels, il est essentiel de former nos étudiants à ces questions, à la fois en tant que citoyens et en tant que futurs professionnels de santé, avec toutes les spécificités liées à leur métier. Ainsi, ils pourront devenir des acteurs engagés de la santé de demain.
Un exemple marquant illustrant la nécessité d’évoluer dans les métiers de la pharmacie est la crise du COVID-19 : que ce soit en officine, où la vaccination est devenue une mission centrale, dans l’industrie, où la supply chain a dû être repensée et adaptée sous la contrainte, ou encore à l’hôpital, avec la gestion de cette crise sans précédent. Ces expériences démontrent clairement que nos étudiants doivent être préparés à affronter les défis du monde de demain.
Pour l'université de Bordeaux, ce projet s’inscrit parfaitement dans la continuité du chantier portant sur l'enseignement des transitions socio-environnementales. Après un déploiement réussi dans les composantes du module socle obligatoire au niveau Licence, l’objectif est à présent d’intégrer les enjeux de transitions dans les enseignements disciplinaires.
Un groupe de travail mené par Emmanuelle Barron, Jean François Quignard, Laurent Azema, Clémentine Aubry et Maria-Laura Silva s’attèle déjà à créer une nouvelle unité d'enseignement spécifique pour les étudiants en première année d’études de Pharmacie, afin qu’ils appliquent à terme les compétences acquises en matière de transition dans leurs contextes professionnels futurs, en officine, en industrie ou en milieu hospitalier.
Trois modules ont d’ores et déjà été travaillés :
- Module 1 : "Awareness, inclusion & wellbeing", composé d’ateliers Happy Doc et de sessions sur les discriminations de genre et les violences sexuelles ;
- Module 2 : "Public health & Transitions", pour lequel les étudiants travaillent sur un projet de communication scientifique à travers des posters ;
- Module 3 : "Health care professionals at the heart of transitions", decliné en ateliers et module de e-learning.
Avec PHUSE, il s’agit aussi d’apporter une dimension européenne à la démarche afin de définir, selon l’approche programme, le référentiel de compétences du pharmacien du futur en étroite collaboration avec les partenaires ENLIGHT, et de développer de nouveaux modules / enseignements et pratiques pédagogiques afin de les articuler à ceux existants.
A long terme, l’équipe du projet pourrait tendre vers la proposition d’un programme intensif hybride (BIP). Ce format permettra de proposer aux étudiants une expérience d’apprentissage à la fois innovante et immersive, en les confrontant à différents systèmes de santé et pratiques pharmaceutiques. Il les amènera également à intégrer des contextes économiques, sociaux et réglementaires variés dans leur réflexion, favorisant ainsi l’adoption d’une approche plus globale et approfondie des enjeux de santé dans leur domaine.
La richesse des échanges et la motivation des participants nous inspirent et nous donnent envie de prolonger cette collaboration. Nous avons amorcé la création de contenus pédagogiques innovants autour de thématiques centrales pour le pharmacien de demain. C’est une première étape, et ces activités pourraient déjà être testées au cours de l’année 2027.
Mais nous ne comptons pas nous arrêter là : nous aimerions proposer des Unités d’Enseignement (UE) communes entre plusieurs universités pour favoriser le dialogue entre étudiants, transmettre les débats que nous avons eus ces derniers jours sur le fonctionnement de la pharmacie et du système de santé, mettre en lumière les différences entre pays ainsi que les forces de chaque système, et réfléchir ensemble aux évolutions à mettre en place.
Cela pourrait ainsi déboucher sur des échanges d’étudiants, mais aussi d’enseignants, permettant non seulement des échanges pédagogiques, mais aussi, pourquoi pas, des collaborations en recherche. L’exemple du Pays basque espagnol est inspirant : il a créé, l’année dernière, une équipe dédiée aux transitions environnementales dans le domaine pharmaceutique et de la santé.
Candidatez au dernier appel ENLIGHT+
- Informations, documents et formulaire de soumission sur le site de l’alliance.
- Date limite : 31 janvier 2027.
- Intention de dépôt (que vous soyez coordinateur ou partenaire) et éventuelles questions à adresser à laurie.francois@u-bordeaux.fr au plus tard 2 semaines avant la soumission.
Si vous avez une idée ou une envie mais aucun partenaire, la cellule ENLIGHT peut relayer votre recherche auprès des autres cellules ENLIGHT afin de vous aider à identifier des collaborateurs.
Vous souhaitez en savoir plus sur les programmes intensifs hybrides ?
La Direction des relations internationales et la MAPI vous accompagnent dans la définition de votre projet et des modalités d’apprentissage.
Retrouvez toutes les informations et contacts sur votre intranet.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter librement :
- la boîte à outils créée par l’alliance ENLIGHT,
- le catalogue des BIP ENLIGHT,
- la série de podcasts « Learning spaces » (en particulier celui du 25 mars « Tips for Blended Teaching and Learning »)
- le café pédagogique « Apprendre autrement, l’impact transformateur des BIP »